Le secteur informel : angle mort de l'économie circulaire ? Recherche-action avec BIC, King's College London et la Fundação Dom Cabral au Brésil
Les stratégies de durabilité des entreprises intègrent aujourd'hui presque systématiquement un volet consacré à l'économie circulaire. Mais dans de nombreux marchés émergents, la circularité n'est pas un objectif à atteindre : elle existe déjà. Depuis des décennies, elle repose sur des millions de travailleurs, quasiment toujours invisibles dans les rapports ESG.
C'est précisément ce constat que BIC et Archipel&Co ont voulu placer au cœur de leurs travaux au Brésil, dans le cadre de la conception d'un programme de collecte.
Le Brésil compte 800 000 catadores, qui assurent l'essentiel de l'activité de recyclage du pays. Ils trient, collectent, revendent les matériaux, faisant fonctionner un système circulaire à part entière, sans label, sans reporting, et sans réelle intégration dans les chaînes de valeur des entreprises qui en bénéficient pourtant indirectement.
Lorsqu'une multinationale comme BIC lance un programme de collecte, deux approches sont possibles : construire en superposition, ou construire en complémentarité avec l’existant. Dès le départ, il n'a jamais été question de déployer une solution pensée hors-sol, mais de comprendre comment la bâtir aux côtés des acteurs déjà présents sur le terrain, en particulier ceux du secteur informel, sans effacer leur rôle ni bousculer les équilibres existants.
Ce choix n'est pas symbolique : il conditionne l'efficacité, la légitimité et la pérennité du modèle. C'est dans ce cadre qu’ont débuté les premières collaborations avec six coopératives de Rio, adossées à un projet de recherche-action mené avec la King’s Business School et la Fundação Dom Cabral. Le projet vise à identifier comment les stratégies de circularité des entreprises peuvent s'articuler avec les systèmes informels de gestion des déchets, en s'appuyant sur la reconnaissance, la complémentarité et le partage de la valeur créée.
Un point financier mérite d'être souligné : la loi brésilienne de 2021 sur l'incitation au recyclage, la Lei de Incentivo à Reciclagem, offre des avantages fiscaux allant jusqu'à 1% des impôts dus pour les entreprises qui soutiennent les coopératives de catadores. Un levier puissant, encore largement sous-exploité, qui pourrait redessiner l'économie de ce type de partenariats.
Les premiers résultats de notre travail de terrain à Rio confirment ce que nous observons depuis des années en Afrique, en Inde et en Amérique latine : l'économie informelle n'est pas un vide à combler. Elle obéit à une logique propre, souvent plus résiliente que les modèles qu'on tente de lui superposer.
Reste la vraie question pour les entreprises qui veulent dépasser le « greenwashing » circulaire : comment créer, avec ces acteurs, une valeur juste, durable et reconnue ?
Un grand merci à nos partenaires, BIC, King's Business School et Fundação Dom Cabral, ainsi qu'aux six coopératives de Rio et à leurs catadores, pour leur confiance, leur engagement sur le terrain et la richesse des échanges qui ont nourri ce projet.
